Koji Wakamatsu //

Sexe, politique & cinéma: les films de Koji Wakamatsu

« Si mes films sont politiques, c’est parce que je ne me décide pas à aller moi-même lancer des grenades » K. Wakamatsu in Sex Stars System n°14, Juin 1976

Quand le yakuza Koji Wakamatsu est jeté en prison alors qu’il n’est âgé que d’une vingtaine d’années, il réalise à quel point l’autorité du pouvoir est exercée de façon répressive et brutale. A la fin de sa peine, il décide de dénoncer ces abus par le biais du cinéma, non sans avoir préalablement écrit un livre sur son aventure carcérale. En 1959, il entame une carrière à la télévision avant de réaliser quatre ans plus tard ses premiers films pour le cinéma. Il est alors libre de filmer ce que bon lui semble à condition d’y injecter un maximum de scènes de sexe et de violence. C’est donc par stratégie qu’il mène une carrière remarquée dans le "pinku-eiga" (cinéma érotique japonais), dans le but de réaliser les films auxquels il tient. Mais il s’aperçoit que l’érotisme est primordiale au développement de son discours politique et que ce qui n’était au départ qu’une obligation est devenu une nécessité. En 1965, il fonde sa propre maison de production, Wakamatsu Productions, et réalise L’Amour derrière les murs qui, non seulement se retrouve sélectionné au festival de Berlin cette année là, mais se voit en plus nominé pour la plus haute récompense, ce quiprovoqua une indignation quasi générale. Dès lors, sa caméra devient une arme politique offensive dénonçant les travers d’un gouvernement hypocrite et il s’impose en tant que porte-parole d’une jeunesse en proie à une forte crise identitaire, comme en témoigne Sex Jack (1970). Ses films, tournés de manière frénétique (il en réalise une dizaine par an), d’apparence simpliste dans leur mise en scène dépouillée qui rappelle celle de Jean-Luc Godard mais dont les excès de sexe et de brutalité ramènent au cinéma d'exploitation, sont de virulents manifestes anarchistes qui font encore aujourd’hui grincer des dents les autorités nipponnes. Ses convictions politiques qui lui valent d'ailleurs d’être toujours interdit sur le sol américain. En 1971, Wakamatsu obtient la reconnaissance internationale à la Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes et ralentit en même temps son rythme de production. Cinq ans plus tard, il rejoint Nagisa Oshima qui fait appel à lui comme directeur de production de L’Empire des sens. Aujourd’hui, à 71 ans, Koji Wakamatsu continue de tourner mais ses films se sont assagis et se posent principalement comme les témoins d’un Japon désillusionné.